Ecole d'infirmière
Durée et rythme de la formation
Des formatrices fort peu évoquées
Durée et rythme de la formation
À peu près stabilisée autour de 22 à 24 mois dans l’entre deux guerres, la formation
d’infirmières n’a pas connu ensuite de profonds changements, en termes de durée, avant 1973.
Elle est ensuite passée à 28 mois, puis à 33 mois en 1979. Aujourd’hui elle se prolonge sur
quelques 37 mois et demi. Compte tenu du nombre important de femmes et d’hommes que
nous avons rencontrés, il n’est guère étonnant que quelques-unes, quelques-uns aient été en
formation lors de différents changements intervenus dans la réglementation de cette durée,
voire au moment où d’autres réformes portant sur le programme, l'organisation des stages, etc.
sont intervenues.
« En 82, c’était la première promotion en trois ans. On a essuyé les plâtres. Ce n’était pas des
années, c’était des modules qui n’avaient pas la même durée, donc tu pouvais très bien avoir
des modules qui duraient trois mois et un module qui durait un an. On était censé voir la
théorie en amphi à l’école et ensuite, on partait en stage dans les services. Quelquefois on
avait stage le matin, des cours l’après-midi, quelquefois on partait carrément en stage un
mois. »
Constance
Quelque soit la durée, le principe d’une formation comprenant pour moitié des stages
et pour moitié des cours voire des heures imparties à un suivi personnalisé, comme c’est le
cas actuellement, a toujours été la règle. Le rythme par contre a évolué. À entendre les unes et
les autres, très longtemps cette alternance se vivait quotidiennement, puisque l’une des demijournées
– le matin le plus souvent – était consacrée au stage dans un service et l’après midi
aux différents cours.
« On est formé à l’hôpital, on est tous les matins à l’hôpital. (…) On passait notre matinée, de
8 heures à 13 heures à l’hôpital, le matin à servir les gens, à travailler, à aider les infirmières,
à prendre des responsabilités, des fois beaucoup plus que nos capacités, mais, on était très
hospitalières. »
Brigitte
« À l’époque, c’était deux ans et c’était tous les matins en stage hospitalier, et tous les soirs on
était en cours de deux heures à sept heures. (…) On avait un examen probatoire au 3ème mois,
donc si vous ne l’aviez pas, vous étiez blackboulés. (…) On était un peu exploité quand même.
On faisait les week-ends, on faisait noël, on faisait les fêtes, tout ça. Et puis on faisait les nuits
et on allait en cours. »
Hélène
À plusieurs reprises nous a été mentionné le strict contrôle des absences. « On avait 15
jours de carence pour être malade sur trois ans d’études » nous dira Alain. Si cela ne paraît
pas leur avoir particulièrement pesé, il en va tout autrement pour celles qui ont été enceintes
durant leur formation. De fait, une part significative des infirmières libérales fait partie de ces
générations qui vont connaître un âge au mariage et à la première naissance parmi les plus
avancés de tout le siècle170. Quand ensuite cet âge évolue lentement à la hausse, pour celles
nées à partir de 1950-1955, les femmes qui sont issues des milieux « traditionnels » ou des
classes populaires continuent encore à être les plus précoces des mères, puisque bien plus
d’une femme sur deux, issues de ces milieux sociaux, a son premier enfant avant 25 ans.
Formation conçue comme une immersion, une entrée de plain-pied dans le métier, et à ce titre
requérant une disponibilité sans faille, à plus d’un titre la grossesse d’une élève semble bien
gêner les responsables des écoles. Une mise au point est souvent d’ailleurs faite dès le début
de la formation : les unes et les autres sont instamment invitées à éviter de se retrouver dans
ce genre de situation. On peut aussi se demander jusqu’à quel point ce statut de mère,
synonyme d’une maturité acquise, n’embarrasse pas des formatrices bien plus à leur aise avec
des jeunes filles « sans histoire » perçues comme malléables qu’avec ces jeunes femmes qui,
inévitablement, vont « avoir la tête ailleurs ». Nous avons d’ailleurs perçu, à plusieurs
reprises, ce même embarras vis-à-vis des étudiantes plus âgées que la moyenne, qui font leur
entrée dans les IFSI durant les années 1980. Dans tous les cas, celles qui ont persisté à mener
à terme leur grossesse, tout en poursuivant leur formation, demeurent plutôt amères sur la
condition qui leur a été réservée.
« J’ai tout fait normalement, sans aménagement. En fait, on s’est retrouvé au moment du
diplôme à être 15 personnes à être enceintes. Mais sur une promotion de 150 ! Mais,
enceintes, on n’avait aucun aménagement au niveau des stages »
Élisabeth
« J’ai accouché au mois de mai et fin juin j’ai reçu un coup de fil de l’école d’infirmières. Mes
collègues m’envoyaient tous les cours à la maison, mais je ne faisais pas les stages, c’était fin
juin et donc ils me disent si fin juin vous ne réintégrez pas l’école, vous perdez votre année.
J’allaitais, ma fille avait un mois et demi, je l’ai laissée à maman, et j’ai passé mon DE au
mois de janvier. »
Agnès
« À l’entrée on nous avait signalé qu’il était fortement déconseillé de se retrouver enceinte
pendant la formation. Et vlan, je me retrouve en cloque ! J’ai décidé de poursuivre ma
grossesse et voilà, mais cela a été très mal vu. Je peux dire que l’on ne m’a fait aucun cadeau.
(…) J’étais enceinte de 8 mois et demi, une infirmière m’a fait faire un premier lever d’une
dame après une intervention chirurgicale, et ensuite un bain de pied pour bien s’accroupir.
Donc ça s’est fait, je me suis arrangée avec le gynécologue pour accoucher à telle date pour
avoir mon module. Bon, ça a été un accouchement déclenché, et qui s’est soldé par une
césarienne évidemment ! »