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Ecole d'infirmière

Infirmière en psychiatrie


Des formatrices fort peu évoquées



Infirmière en psychiatrie 1878 : l'école d'infirmiers de "l'asile de la Salpêtrière" accueille ses premiers élèves.
1922 : le titre "d'infirmier diplômé de l'état français" est créé. Il sanctionne une formation de 2 ans axée sur le soin somatique, et ignorant totalement la réalité du soin en psychiatrie. Tenus à l'écart, non reconnus, les personnels de psychiatrie ne se sentent pas concernés par cette formation inadaptée.
1937 : le terme "hôpital psychiatrique" apparaît officiellement, et remplace celui "d'asile d'aliénés" ("l'infirmier psychiatrique" remplace "l'infirmier des asiles d'aliénés").
1939/1945 : la moitié des hospitalisés, soit 40.000 malades mentaux sont morts de faim ou de froid dans la France occupée. Un seul centre hospitalier a su protéger et maintenir en vie l'ensemble de ses patients durant cette période: l'hôpital psychiatrique de St Alban.
1945 : premières applications de la psychothérapie institutionnelle, théorisée au sein de la résistance durant les années d'occupation. L'infirmier psychiatrique y acquiert un rôle propre et une reconnaissance de fait, au sein de l'équipe médicale.
1946 : définition légale et officielle de l'infirmière. La réalité psychiatrique n'y est pas évoquée, les infirmiers psychiatriques sont maintenus à l'écart: leur diplôme n'est reconnu que dans la région qui les a formés.
1949 : l'arrêté du 3 février limite l'exercice professionnel des infirmiers psychiatriques aux seuls hôpitaux psychiatriques, alors que les infirmières diplômées d'état peuvent travailler dans les deux secteurs sans avoir eu de formation psychiatrique! Dans les faits, les infirmières diplômées d'état ne viendront pas en psychiatrie, leur formation ne les y préparant pas.
1955 : l'arrêté du 23 juillet réglemente le premier diplôme pour les infirmiers des hôpitaux psychiatriques. Il sanctionne une formation de 2 ans.
1960 : création du secteur psychiatrique (circulaire de mars 1960). Objet: rapprocher l'exercice de soin du lieu de domicile, et le soignant du patient.
1969 : l'arrêté du 12 mai entérine le titre: "infirmier de secteur psychiatrique".
1973 : l'arrêté du 16 février porte la formation des I.S.P. (infirmiers de secteur psychiatrique) à 2 ans et 4 mois (dont 1580 heures de théorie).
1979 : l'arrêté du 26 avril augmente le temps de formation des I.S.P. de 5 mois (voir le programme de formation ISP): il leur faut désormais 3 ans de formation (33 mois de cours plus les congés d'été) avant d'être autorisés à passer un diplôme qui n'est toujours pas reconnu au niveau national!
1992 : un décret met fin aux études séparées: les infirmiers de secteur psychiatrique sont mis en cadre d'extinction et doivent faire 3 mois de stage pour obtenir le diplôme unique (accès à l'article sur "l'équivalence de diplome"), alors que les infirmiers de soins généraux ont l'équivalence automatiquement (sans formation psychiatrique!).
1994 : l'arrêté d'octobre signé par Simone Veil octroie sans condition le D.E.I. (diplôme d'état infirmier) à tous les I.S.P. qui en font la demande.
1995 : les infirmières en soins généraux, poussées par les infirmières libérales, portent plainte (accès aux articles "diplomes, procedure d'infraction contre la France" et "questions au senat"). Elles font pression pour faire barrage aux I.S.P. qui voudraient sortir de psychiatrie grâce à l'équivalence. Par contre, qu'elles-mêmes aient le droit d'exercer en psychiatrie sans avoir eu la formation adéquate ne les choque pas le moins du monde! Le nouveau ministre, Mme Hubert, suspend de fait la délivrance des diplômes aux I.S.P.
1995 : le 9 décembre, lors des "4èmes assises nationales des infirmiers en psychiatrie" est présentée à Albi la "charte de formation pour des infirmiers en psychiatrie et santé mentale". Elle a été rédigée conjointement par le CNMP, le CEFI et le Groupe de Réflexion Bordelais.
1996 : le 30 décembre, le conseil d'état qui avait été saisi par l'organisation représentative des infirmiers libéraux (la FNI, Fédération Nationale des Infirmiers), annule les arrêtés attribuant l'équivalence des diplômes. Les I.S.P. devront attendre en psychiatrie leur extinction. Les infirmières D.E. viendront remplir les places que les I.S.P. laisseront en partant, sans avoir pour autant été formées à ce métier (l'équivalence des diplômes n'a pas été annulée pour elles).
2002-2003 : le gouvernement a mesuré la gravité de la situation: l'incompétence des équipes I.D.E. est devenue trop flagrante en psychiatrie. Un projet est à l'étude pour ajouter jusqu'à 2 ans de formation spécialisée aux infirmiers en soins généraux qui choisissent d'exercer dans la santé mentale... Mais ce projet, qui s'inscrit pourtant dans l'histoire de la psychiatrie institutionnelle française, ne reconnaît pas l'existence des "ISP". Les infirmiers de secteur psychiatrique, avec leurs 3 ans de spécialisation, et malgré une présence continuelle et majoritaire au sein des équipes soignantes, sont effacés dans les textes et les projets de loi sur la psychiatrie (accès au dossier "analyse de la politique de sante mentale").
5 au 7 Juin 2003 : la ville de Montpellier a accueilli les "États Généraux de la Psychiatrie" dont le but était d'alerter les pouvoirs publics et l'opinion sur la difficulté croissante d'exercer le soin.
10 Juillet 2003 : circulaire gouvernementale à "application immédiate" portant sur le "renforcement de la formation des infirmiers destinés à exercer dans le secteur psychiatrique". Le gouvernement invalide par ce texte l'esprit de la formation unique, et en reconnaît officiellement l'insuffisance (accès à l'analyse détaillée de la "circulaire du 10 juillet 2003"). La décision est prise contre l'avis de la majorité des Instituts de Formation en Soins Infirmiers, qui révèlent par là-même leur méconnaissance profonde du problème (1/4 des IFSI n'a aucun formateur ayant une expérience du soin psychiatrique!). Il ressort de cette circulaire qu'une majorité d'IFSI n'a pas compris grand chose à la psychiatrie. Ils avaient pourtant la charge officielle de l'enseigner aux infirmiers en soins généraux, et ceci depuis la fin des études séparées en 1992 et la mise en place d'une formation unique!
15 Septembre 2003 : "plan d'actions pour le développement de la psychiatrie et la promotion de la santé mentale." Le rapport Clery-Melin, qui devait initialement être terminé fin mai et soumis aux états généraux de la psychiatrie, est remis avec 3 mois de retard au ministre de la santé, de la famille et des personnes handicapées. Ce décalage chronologique a eu pour effet de priver l'ensemble des acteurs professionnels réunis à Montpellier, d'une véritable influence sur des décisions politiques aux conséquences régulièrement catastrophiques pour la psychiatrie française.

Alors qu'il avait été question de rajouter jusqu'à 2 ans de formation spécialisée aux infirmiers en soins généraux qui choisissent d'exercer dans la santé mentale, le rapport ne préconise plus qu'une formation complémentaire de 6 mois: c'est mieux que rien, mais à ce rythme (6 mois de plus après 10 ans d'inertie) il faudra attendre 2052 pour retrouver les 3 ans de formation spécialisée qu'ont eue les infirmiers de secteur psychiatrique. Attention, il n'en restera peut-être plus beaucoup pour faire la transition!

19 Novembre 2005 : ont eu lieu à Bordeaux les "7èmes assises nationales des infirmiers en psychiatrie et en santé mentale" (accès au site "psyassises"). Le principal sujet débattu a été la "charte de l'exercice professionnel infirmier" définissant les compétences nécessaires pour l'exercice des soins psychiatriques.
16 Janvier 2006 : la circulaire n° 2006-21 concrétise la mise en place d'un tutorat infirmier pour les nouveaux soignants arrivant en psychiatrie. L'idée apparaît une première fois en 2005 dans le "plan santé mentale": en instituant ce compagnonnage très artificiel, le ministre de la santé de l'époque Mr Douste Blasy pense éviter en la contournant, la grave question du manque de formation des infirmiers, consécutive à la réforme de 1992.

Cette stratégie d'évitement transpose sur les épaules des anciens infirmiers encore présents dans les services, une responsabilité bien encombrante que politiques et I.F.S.I. partagent maintenant depuis plus de 15 ans. Le manque de formation théorique des nouveaux infirmiers est une chose grave, d'autant plus grave que cela est la conséquence d'une décision politique irresponsable, appliquée méticuleusement par les I.F.S.I., sans concertation et contre l'avis des acteurs réels de la psychiatrie. Aussi grave actuellement est la perte des compétences et des pratiques dans les services de soins: pendant les décennies d'avant 1990 la transmission des techniques soignantes n'avait eu besoin d'aucune directive ni injonction ministérielle pour se mettre en place tout naturellement entre des générations d'I.S.P. (infirmiers de secteur psychiatrique).
La circulaire du 16/01/2006 est une reconnaissance très explicite du fait que la transmission des savoirs et des savoir-faire, nécessaire pourtant au travail d'équipe en psychiatrie, ne se fait plus depuis 1992...